
Below is the lyrics of the song Tanganyika , artist - Baloji with translation
Original text with translation
Baloji
À quoi ça sert de s’enfermer à double tour
Depuis quand les hyènes ici frappent à la porte
Le générateur qui gémit dans l’arrière-cour
Couvre pour le souffle du cadet caché sous l’linge propre
Ma fille aînée derrière des bosquets de bambous
Culotte sur les chevilles, la robe autour du cou
Souillure indélébile, mon sang n’a fait qu’un tour
Ma vie est contée donc s’te plaît écoute-moi mon amour
Arrête de renifler, tu fais trop d’bruit
T’es dans ce trou d’souris jusqu'à la sortie d’la nuit
Jusqu'à c’que la terre tremble au passage des semi-remorques
Qu’un aboiement réponde au chant du coq
Tu pourras courir rejoindre la route carrossable
Tourner le dos à cette tragédie inéluctable
Dont l’dénouement renforce le doute
Vu qu’Tanganyika est à trois jours de route
Passer la frontière pour trouver un mieux
Te réclamer du pays de tes aïeux
Oui la photo sur ton passeport te vieillit
Là-bas tu n’parleras plus jamais que swahili
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Tanganyika
(Tanganyika)
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Uvira révèle son visage de bourgade ordinaire
Une bourrasque légère souffle sur cet Eden à l’envers
Mine à ciel ouvert depuis l’entre-deux-guerres
Entre deux feux, on passe à l'âge de pierre
Personne ne s’arrête au feu, ne s’arrête au rond-point
Croiser un regard c’est être pris à témoin
Ici, même les taxis-brousse ont des gyrophares
Poste-frontière, barrière nada
Benne à ordures, corbillard
Le statut tient sur un brassard
Nuées de mouches qui se déplacent comme des buissons
Et viennent raviver les braises sur les charbons
Comme dans les pires westerns spaghettis
Le truand s’associe au repenti
C’est la saison des pluies, des flaques comme des fontaines
Le long de la route, on marche en file indienne
Dans le sens opposé au trafic, au vent contraire
Six heures de marche jusqu’au dispensaire
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Tanganyika
(Tanganyika)
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
J’ai mis la main en visière comme si je cherchais le salut
Est-ce que j’ai pris les armes ou celles qu’il m’a tendues
Bar des responsables, des allées et venues
Jetant leurs bottes en caoutchouc aux nouvelles recrues
Veilleur une nuit sur deux, planqué sous la cahute
Quand une voix distincte s'échappe de la cohue
Comme ils portent tous le même treillis
Dans la pénombre c’est un accent qui te trahit
Aux petites heures, rien n’est plus lisible
Difficile de distinguer galons et sigles
Des fois ils portent des uniformes de l’armée zaïroise
Dommage collatéral de l’opération Turquoise
Dans l’insondable obscurité du ciel
Personne remet en cause la version officielle
C’est le souffle de la vengeance que l’on redoute
Tanganyika, invisible depuis la route
Derrière la brume, étendard tricolore
Une ligne brune entre bleu azur et bleu chlore
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Tanganyika
(Tanganyika)
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Dans ma vie d’avant, j’réparais les disjoncteurs
Puis j’suis rentré sous les ordres, au service de Monseigneur
Saddam Hussein, caporal et mentor
Visage poupon derrière des montures Aviator
Ses ordres sifflent comme des crachats sonores
Emportés les cellulaires, photos et transistors
Il vocifère sur l’armée régulière
Qui se déplace avec leur famille sur leurs bases arrière
Au final, personne ne questionne le pouvoir
Mais le mystère de l’obéissance, le sens du devoir
Soldats de plomb, soldats de terre cuite
Imperméables aux jalousies recuites
Depuis les camps de recrutement
On suit les ordres comme des envoûtements
La semoule de ton dîner à l’goût de ta journée
Insipide et fade à force de ruminer, de ressasser
Depuis qu’je porte un béret d’EPM
Le silence me réveille, me révèle à moi-même
XXX (voix opéra)
Pour ceux qui n’ont pas suivi la rangée des valides
Tanganyika est un cimetière liquide
C’est pourquoi ici les poissons nagent dans le ciel
Et forment cette brume épaisse qui aspire les pirogues
Tanganyika c’est notre Compostelle
Qui change les rescapés en pèlerins en fugue
Au pied du lac, on n’est pas nombreux à savoir nager
Mais on sait de quel côté peut venir le danger
Tanganyika
(Tanganyika, ah…)
Est-ce nos reflets qui donnent au fleuve sa couleur de rouille
Ou parce qu’elle recrache des brindilles, recrache des douilles
Tanganyika, coule des matins paisibles
Des nuits agitées à la lisière du plausible
Au son des étoiles filantes, rugissantes
Qui viennent troubler sa quiétude apparente
Décor à la beauté trompeuse pour nos iris
Tanganyika c’est un lac suisse sur les papyrus
(Tanganyika, Tanganyika, Tanganyika…)
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Tanganyika
C’qui nous sépare
Nous laisse à part
Les camions embourbés étaient des terrains de jeux
Maintenant ce sont des emplacements stratégiques à enjeu
Derrière eux, le néant s'étend à perte de vue
Et l’on chasse l’ennemi invisible à l'œil nu
Dans la brousse, les fantômes sont des drones
Qui désincarnent à mort des ossements sur des pylônes
À raison, les anciens disent malheur au vainqueur
C’est pourquoi les insurgés pactisent avec l’envahisseur
Les rescapés sont des ombres sans gloire
Ils ont vendu leur âme au diable au maquis noir
Ils dînent avec la culpabilité des survivants
Comme autant de témoins encombrants
Aux yeux de l’occupant que l’on décrit naïvement
Les traits seyants, le front fuyant
Ces guerriers réputés des plus vaillants
J’pourrai être le père d’mes assaillants
À la lisière entre la ville et les champs
La nature humaine est trahie par ses penchants
Guerre ethnique devenue guerre de lobbies
Pour des pays reculés qui souffrent de claustrophobie
Promesse de libération, déguise la conquête
Du poumon gauche de la planète
XXX (*6)
Élucubrations d’un soldat droit dans ses rangers
Est-ce que l’on peut vraiment changer les mœurs
Que c’soit dans ces pays où le tribunal coutumier
Le jeu reste le même, seuls changent les douaniers
Y a des villageois dans les couloirs de la savane
Avec pour seuls bagages glacières et jerrycans
Ils errent jusqu’au prochain village de bâches
Terrain neutre que les ONG s’arrachent
Elle s’adresse à qui la nation reconnaissante
À ceux qui reviennent ou à ceux qui rentrent?
Qui répertorie ces villes ambulantes
Les rapports de l’ONU et les preuves accablantes
Le gouverneur fait voter les morts du génocide
Et nous reproche de vendre des cercueils vides
Ici la dernière émeute c'était au temps où la mairie
Promettait à chaque veuve un kilo de riz
Pour mon père ils m’ont remis une photo en médaillon
À la place du nom d’famille, celui du bataillon
XXX
XXX
Rive sud du lac Tanganyika
Reproduction naïve de Guernica
Les flammes répandent leur nuage camaïeu
L’arme blanche comme unique métal précieux
Dans ce paysage dévasté par le passage de la folie
Spectacle de désolation, témoin d’la violence des éléments
Qui propulse les débris de vie qu’elle démolit
Jusqu'à des kilomètres à la ronde
Au-delà d’l’entendement
Nuit polaire dans une zone sécurisée
Traque dans les campements de déplacés
Ici, aucun étranger à incriminer
C’est un drame miniature entre Bantous et Pygmées
Avec les mêmes cris anonymes
Soleil crématoire, les mêmes victimes expiatoires
La bouche entrouverte, le visage hébété
Le trait commun des corps décharnés
La rage disloque la parole
Elle l’a réduit à des cris informes et les sons qu’on rafistole
La dévastation bloque l’esprit
Elle accapare le corps, elle gangrène la vie
Le corps ne répond plus, tout est délié
Mes os sont comme sortis du congelé
Asphyxié dans ma remontée d’apnée
J’suis imprégné du mythe d’Orphée
Celui d'à côté bégaye et moi j'éructe
J’tambourine du poing, la poussière m'électrocute
Nos soliloques forment une polyphonie assourdissante
Veine, double peine, ce trou noir t’a happé
Tombé hors du temps, j’ai beau chercher, les ongles en sang
Creuser la terre, chercher un bout d’chair
XXX de cette tombe de fortune
Te régénères parmi les patates douces
Tubercules de la brousse
D’un bout de terre brûlé par la logique
Croyance presque mystique que rien n’oppose
Est-ce la fin de tout ou le début d’autre chose
On y arrivera après combien de jours de jonque
Tanganyika, rive quelconque
What's the point of locking yourself in twice
Since when the hyenas here knock on the door
The moaning generator in the backyard
Covers for the cadet's breath hidden under the clean laundry
My eldest daughter behind bamboo groves
Panties over the ankles, dress around the neck
Indelible stain, my blood has only taken one turn
My life is told so please listen to me my love
Stop sniffling, you're making too much noise
You're in this mousehole 'til the night comes out
Until the earth shook as the tractor-trailers passed
Let a bark answer the crowing of the rooster
You can run to the motorable road
Turn your back on this inevitable tragedy
Whose outcome reinforces the doubt
Since Tanganyika is three days away
Cross the border to find a better
Claim the land of your ancestors
Yes the photo on your passport makes you old
Over there you will never speak anything but Swahili
What separates us
Leave us apart
Tanganyika
(Tanganyika)
What separates us
Leave us apart
Uvira reveals its ordinary town face
A light gust blows over this upside-down Eden
Open pit mining since the interwar period
Between two fires, we go to the stone age
No one stops at the traffic lights, no one stops at the roundabout
To meet a gaze is to be taken as a witness
Here, even the bush taxis have flashing lights
Border post, barrier nada
Dumpster, hearse
Status fits on an armband
Swarms of flies that move like bushes
And come to rekindle the embers on the coals
Like in the worst spaghetti westerns
The ugly associates with the repentant
It's the rainy season, puddles like fountains
Along the road, we walk in single file
Against the direction of traffic, headwind
Six hours of walking to the dispensary
What separates us
Leave us apart
Tanganyika
(Tanganyika)
What separates us
Leave us apart
I put my hand in my visor as if I was looking for salvation
Did I take the guns or the ones he handed me
Managers Bar, Whereabouts
Throwing their rubber boots at new recruits
Watchman every other night, stashed under the hut
When a distinct voice escapes from the crush
As they all wear the same fatigues
In the dark it's an accent that betrays you
In the wee hours, nothing is more readable
Difficult to distinguish braids and acronyms
Sometimes they wear Zairian army uniforms
Collateral damage from Operation Turquoise
In the unfathomable darkness of the sky
Nobody questions the official version
It's the breath of revenge that we dread
Tanganyika, invisible from the road
Behind the mist, tricolor banner
A brown line between azure blue and chlorine blue
What separates us
Leave us apart
Tanganyika
(Tanganyika)
What separates us
Leave us apart
In my life before, I was fixing circuit breakers
Then I returned under the orders, in the service of Monsignor
Saddam Hussein, Corporal and Mentor
Baby face behind Aviator frames
His orders hiss like sonic spit
Take away cell phones, photos and transistors
He vociferates on the regular army
Who moves with their family on their rear bases
In the end no one questions the power
But the mystery of obedience, the sense of duty
Toy soldiers, terracotta soldiers
Impermeable to annealed blinds
From recruiting camps
We follow orders like spells
The semolina of your dinner to the taste of your day
Tasteless and bland from ruminating, rehashing
Since I wear an EPM beret
Silence wakes me up, reveals me to myself
XXX (opera voice)
For those who didn't follow the row of able-bodied
Tanganyika is a liquid graveyard
That's why here the fish swim in the sky
And form this thick mist that sucks the canoes
Tanganyika is our Compostela
Who turns survivors into runaway pilgrims
At the foot of the lake, not many of us know how to swim
But we know where the danger can come from
Tanganyika
(Tanganyika, ah…)
Is it our reflections that give the river its rust color
Or because she spits out twigs, spits out casings
Tanganyika, flows peaceful mornings
Restless nights on the edge of the plausible
To the sound of shooting stars, roaring
Which come to disturb its apparent tranquility
Deceptively beautiful decor for our irises
Tanganyika is a Swiss lake on the papyri
(Tanganyika, Tanganyika, Tanganyika…)
What separates us
Leave us apart
Tanganyika
What separates us
Leave us apart
Bogged trucks were playgrounds
Now it's strategic stake locations
Behind them, nothingness stretches as far as the eye can see
And we hunt the enemy invisible to the naked eye
In the bush, ghosts are drones
Who disembodied to death bones on pylons
Rightly, the elders say woe to the victor
This is why the insurgents make a pact with the invader
The survivors are inglorious shadows
They sold their souls to the devil in the black maquis
They dine with the guilt of survivors
Like so many cumbersome witnesses
In the eyes of the occupier who is naively described
The becoming features, the receding brow
These reputed warriors of the most valiant
I could be the father of my assailants
On the edge between the city and the fields
Human nature is betrayed by its inclinations
Ethnic War Turned Lobby War
For remote countries that suffer from claustrophobia
Promise of liberation, disguises conquest
From the left lung of the planet
XXX (*6)
Lucubrations of a straight soldier in his rangers
Can we really change morals?
Whether it's in those countries where the customary court
The game remains the same, only the customs officers change
There are villagers in the corridors of the savannah
With only coolers and jerrycans as luggage
They wander to the next tarp village
Neutral ground that NGOs are fighting for
It is addressed to whom the grateful nation
To those who return or to those who return?
Who lists these walking cities
UN reports and damning evidence
Governor Gets Genocide Dead Voted
And blame us for selling empty coffins
The last riot here was when the town hall
Promised each widow a kilo of rice
For my father they gave me a photo inset
Instead of the family name, that of the battalion
XXX
XXX
South shore of Lake Tanganyika
Naive reproduction of Guernica
The flames spread their monochrome cloud
Edged weapons as the only precious metal
In this landscape devastated by the passage of madness
Spectacle of desolation, witness to the violence of the elements
That propels the debris of life it demolishes
For miles around
beyond comprehension
Polar night in a secure area
Tracking in IDP camps
Here, no stranger to incriminate
It's a miniature drama between Bantus and Pygmies
With the same anonymous cries
Crematory sun, the same expiatory victims
Mouth parted, face dazed
The common trait of emaciated bodies
Rage disrupts speech
She reduced it to shapeless screams and patched up sounds
Devastation blocks the mind
It monopolizes the body, it gangrene life
Body unresponsive, all untied
My bones are like they came out of frozen
Asphyxiated in my breath hold
I'm imbued with the myth of Orpheus
The one next door stutters and I belch
I drum with my fist, the dust electrocutes me
Our soliloquies form a deafening polyphony
Vein, double pain, that black hole got you
Fallen out of time, I search in vain, nails bleeding
Digging the earth, looking for a piece of flesh
XXX from this makeshift grave
Regenerate you among the sweet potatoes
Bush tubers
From a piece of land burned by logic
Almost mystical belief that nothing opposes
Is this the end of everything or the start of something else
We will get there after how many days of junk
Tanganyika, any shore
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