Tanganyika - Baloji

Tanganyika - Baloji

  • Year of release: 2018
  • Language: French
  • Duration: 11:01

Below is the lyrics of the song Tanganyika , artist - Baloji with translation

Lyrics " Tanganyika "

Original text with translation

Tanganyika

Baloji

Original text

À quoi ça sert de s’enfermer à double tour

Depuis quand les hyènes ici frappent à la porte

Le générateur qui gémit dans l’arrière-cour

Couvre pour le souffle du cadet caché sous l’linge propre

Ma fille aînée derrière des bosquets de bambous

Culotte sur les chevilles, la robe autour du cou

Souillure indélébile, mon sang n’a fait qu’un tour

Ma vie est contée donc s’te plaît écoute-moi mon amour

Arrête de renifler, tu fais trop d’bruit

T’es dans ce trou d’souris jusqu'à la sortie d’la nuit

Jusqu'à c’que la terre tremble au passage des semi-remorques

Qu’un aboiement réponde au chant du coq

Tu pourras courir rejoindre la route carrossable

Tourner le dos à cette tragédie inéluctable

Dont l’dénouement renforce le doute

Vu qu’Tanganyika est à trois jours de route

Passer la frontière pour trouver un mieux

Te réclamer du pays de tes aïeux

Oui la photo sur ton passeport te vieillit

Là-bas tu n’parleras plus jamais que swahili

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Tanganyika

(Tanganyika)

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Uvira révèle son visage de bourgade ordinaire

Une bourrasque légère souffle sur cet Eden à l’envers

Mine à ciel ouvert depuis l’entre-deux-guerres

Entre deux feux, on passe à l'âge de pierre

Personne ne s’arrête au feu, ne s’arrête au rond-point

Croiser un regard c’est être pris à témoin

Ici, même les taxis-brousse ont des gyrophares

Poste-frontière, barrière nada

Benne à ordures, corbillard

Le statut tient sur un brassard

Nuées de mouches qui se déplacent comme des buissons

Et viennent raviver les braises sur les charbons

Comme dans les pires westerns spaghettis

Le truand s’associe au repenti

C’est la saison des pluies, des flaques comme des fontaines

Le long de la route, on marche en file indienne

Dans le sens opposé au trafic, au vent contraire

Six heures de marche jusqu’au dispensaire

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Tanganyika

(Tanganyika)

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

J’ai mis la main en visière comme si je cherchais le salut

Est-ce que j’ai pris les armes ou celles qu’il m’a tendues

Bar des responsables, des allées et venues

Jetant leurs bottes en caoutchouc aux nouvelles recrues

Veilleur une nuit sur deux, planqué sous la cahute

Quand une voix distincte s'échappe de la cohue

Comme ils portent tous le même treillis

Dans la pénombre c’est un accent qui te trahit

Aux petites heures, rien n’est plus lisible

Difficile de distinguer galons et sigles

Des fois ils portent des uniformes de l’armée zaïroise

Dommage collatéral de l’opération Turquoise

Dans l’insondable obscurité du ciel

Personne remet en cause la version officielle

C’est le souffle de la vengeance que l’on redoute

Tanganyika, invisible depuis la route

Derrière la brume, étendard tricolore

Une ligne brune entre bleu azur et bleu chlore

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Tanganyika

(Tanganyika)

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Dans ma vie d’avant, j’réparais les disjoncteurs

Puis j’suis rentré sous les ordres, au service de Monseigneur

Saddam Hussein, caporal et mentor

Visage poupon derrière des montures Aviator

Ses ordres sifflent comme des crachats sonores

Emportés les cellulaires, photos et transistors

Il vocifère sur l’armée régulière

Qui se déplace avec leur famille sur leurs bases arrière

Au final, personne ne questionne le pouvoir

Mais le mystère de l’obéissance, le sens du devoir

Soldats de plomb, soldats de terre cuite

Imperméables aux jalousies recuites

Depuis les camps de recrutement

On suit les ordres comme des envoûtements

La semoule de ton dîner à l’goût de ta journée

Insipide et fade à force de ruminer, de ressasser

Depuis qu’je porte un béret d’EPM

Le silence me réveille, me révèle à moi-même

XXX (voix opéra)

Pour ceux qui n’ont pas suivi la rangée des valides

Tanganyika est un cimetière liquide

C’est pourquoi ici les poissons nagent dans le ciel

Et forment cette brume épaisse qui aspire les pirogues

Tanganyika c’est notre Compostelle

Qui change les rescapés en pèlerins en fugue

Au pied du lac, on n’est pas nombreux à savoir nager

Mais on sait de quel côté peut venir le danger

Tanganyika

(Tanganyika, ah…)

Est-ce nos reflets qui donnent au fleuve sa couleur de rouille

Ou parce qu’elle recrache des brindilles, recrache des douilles

Tanganyika, coule des matins paisibles

Des nuits agitées à la lisière du plausible

Au son des étoiles filantes, rugissantes

Qui viennent troubler sa quiétude apparente

Décor à la beauté trompeuse pour nos iris

Tanganyika c’est un lac suisse sur les papyrus

(Tanganyika, Tanganyika, Tanganyika…)

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Tanganyika

C’qui nous sépare

Nous laisse à part

Les camions embourbés étaient des terrains de jeux

Maintenant ce sont des emplacements stratégiques à enjeu

Derrière eux, le néant s'étend à perte de vue

Et l’on chasse l’ennemi invisible à l'œil nu

Dans la brousse, les fantômes sont des drones

Qui désincarnent à mort des ossements sur des pylônes

À raison, les anciens disent malheur au vainqueur

C’est pourquoi les insurgés pactisent avec l’envahisseur

Les rescapés sont des ombres sans gloire

Ils ont vendu leur âme au diable au maquis noir

Ils dînent avec la culpabilité des survivants

Comme autant de témoins encombrants

Aux yeux de l’occupant que l’on décrit naïvement

Les traits seyants, le front fuyant

Ces guerriers réputés des plus vaillants

J’pourrai être le père d’mes assaillants

À la lisière entre la ville et les champs

La nature humaine est trahie par ses penchants

Guerre ethnique devenue guerre de lobbies

Pour des pays reculés qui souffrent de claustrophobie

Promesse de libération, déguise la conquête

Du poumon gauche de la planète

XXX (*6)

Élucubrations d’un soldat droit dans ses rangers

Est-ce que l’on peut vraiment changer les mœurs

Que c’soit dans ces pays où le tribunal coutumier

Le jeu reste le même, seuls changent les douaniers

Y a des villageois dans les couloirs de la savane

Avec pour seuls bagages glacières et jerrycans

Ils errent jusqu’au prochain village de bâches

Terrain neutre que les ONG s’arrachent

Elle s’adresse à qui la nation reconnaissante

À ceux qui reviennent ou à ceux qui rentrent?

Qui répertorie ces villes ambulantes

Les rapports de l’ONU et les preuves accablantes

Le gouverneur fait voter les morts du génocide

Et nous reproche de vendre des cercueils vides

Ici la dernière émeute c'était au temps où la mairie

Promettait à chaque veuve un kilo de riz

Pour mon père ils m’ont remis une photo en médaillon

À la place du nom d’famille, celui du bataillon

XXX

XXX

Rive sud du lac Tanganyika

Reproduction naïve de Guernica

Les flammes répandent leur nuage camaïeu

L’arme blanche comme unique métal précieux

Dans ce paysage dévasté par le passage de la folie

Spectacle de désolation, témoin d’la violence des éléments

Qui propulse les débris de vie qu’elle démolit

Jusqu'à des kilomètres à la ronde

Au-delà d’l’entendement

Nuit polaire dans une zone sécurisée

Traque dans les campements de déplacés

Ici, aucun étranger à incriminer

C’est un drame miniature entre Bantous et Pygmées

Avec les mêmes cris anonymes

Soleil crématoire, les mêmes victimes expiatoires

La bouche entrouverte, le visage hébété

Le trait commun des corps décharnés

La rage disloque la parole

Elle l’a réduit à des cris informes et les sons qu’on rafistole

La dévastation bloque l’esprit

Elle accapare le corps, elle gangrène la vie

Le corps ne répond plus, tout est délié

Mes os sont comme sortis du congelé

Asphyxié dans ma remontée d’apnée

J’suis imprégné du mythe d’Orphée

Celui d'à côté bégaye et moi j'éructe

J’tambourine du poing, la poussière m'électrocute

Nos soliloques forment une polyphonie assourdissante

Veine, double peine, ce trou noir t’a happé

Tombé hors du temps, j’ai beau chercher, les ongles en sang

Creuser la terre, chercher un bout d’chair

XXX de cette tombe de fortune

Te régénères parmi les patates douces

Tubercules de la brousse

D’un bout de terre brûlé par la logique

Croyance presque mystique que rien n’oppose

Est-ce la fin de tout ou le début d’autre chose

On y arrivera après combien de jours de jonque

Tanganyika, rive quelconque

Song translation

What's the point of locking yourself in twice

Since when the hyenas here knock on the door

The moaning generator in the backyard

Covers for the cadet's breath hidden under the clean laundry

My eldest daughter behind bamboo groves

Panties over the ankles, dress around the neck

Indelible stain, my blood has only taken one turn

My life is told so please listen to me my love

Stop sniffling, you're making too much noise

You're in this mousehole 'til the night comes out

Until the earth shook as the tractor-trailers passed

Let a bark answer the crowing of the rooster

You can run to the motorable road

Turn your back on this inevitable tragedy

Whose outcome reinforces the doubt

Since Tanganyika is three days away

Cross the border to find a better

Claim the land of your ancestors

Yes the photo on your passport makes you old

Over there you will never speak anything but Swahili

What separates us

Leave us apart

Tanganyika

(Tanganyika)

What separates us

Leave us apart

Uvira reveals its ordinary town face

A light gust blows over this upside-down Eden

Open pit mining since the interwar period

Between two fires, we go to the stone age

No one stops at the traffic lights, no one stops at the roundabout

To meet a gaze is to be taken as a witness

Here, even the bush taxis have flashing lights

Border post, barrier nada

Dumpster, hearse

Status fits on an armband

Swarms of flies that move like bushes

And come to rekindle the embers on the coals

Like in the worst spaghetti westerns

The ugly associates with the repentant

It's the rainy season, puddles like fountains

Along the road, we walk in single file

Against the direction of traffic, headwind

Six hours of walking to the dispensary

What separates us

Leave us apart

Tanganyika

(Tanganyika)

What separates us

Leave us apart

I put my hand in my visor as if I was looking for salvation

Did I take the guns or the ones he handed me

Managers Bar, Whereabouts

Throwing their rubber boots at new recruits

Watchman every other night, stashed under the hut

When a distinct voice escapes from the crush

As they all wear the same fatigues

In the dark it's an accent that betrays you

In the wee hours, nothing is more readable

Difficult to distinguish braids and acronyms

Sometimes they wear Zairian army uniforms

Collateral damage from Operation Turquoise

In the unfathomable darkness of the sky

Nobody questions the official version

It's the breath of revenge that we dread

Tanganyika, invisible from the road

Behind the mist, tricolor banner

A brown line between azure blue and chlorine blue

What separates us

Leave us apart

Tanganyika

(Tanganyika)

What separates us

Leave us apart

In my life before, I was fixing circuit breakers

Then I returned under the orders, in the service of Monsignor

Saddam Hussein, Corporal and Mentor

Baby face behind Aviator frames

His orders hiss like sonic spit

Take away cell phones, photos and transistors

He vociferates on the regular army

Who moves with their family on their rear bases

In the end no one questions the power

But the mystery of obedience, the sense of duty

Toy soldiers, terracotta soldiers

Impermeable to annealed blinds

From recruiting camps

We follow orders like spells

The semolina of your dinner to the taste of your day

Tasteless and bland from ruminating, rehashing

Since I wear an EPM beret

Silence wakes me up, reveals me to myself

XXX (opera voice)

For those who didn't follow the row of able-bodied

Tanganyika is a liquid graveyard

That's why here the fish swim in the sky

And form this thick mist that sucks the canoes

Tanganyika is our Compostela

Who turns survivors into runaway pilgrims

At the foot of the lake, not many of us know how to swim

But we know where the danger can come from

Tanganyika

(Tanganyika, ah…)

Is it our reflections that give the river its rust color

Or because she spits out twigs, spits out casings

Tanganyika, flows peaceful mornings

Restless nights on the edge of the plausible

To the sound of shooting stars, roaring

Which come to disturb its apparent tranquility

Deceptively beautiful decor for our irises

Tanganyika is a Swiss lake on the papyri

(Tanganyika, Tanganyika, Tanganyika…)

What separates us

Leave us apart

Tanganyika

What separates us

Leave us apart

Bogged trucks were playgrounds

Now it's strategic stake locations

Behind them, nothingness stretches as far as the eye can see

And we hunt the enemy invisible to the naked eye

In the bush, ghosts are drones

Who disembodied to death bones on pylons

Rightly, the elders say woe to the victor

This is why the insurgents make a pact with the invader

The survivors are inglorious shadows

They sold their souls to the devil in the black maquis

They dine with the guilt of survivors

Like so many cumbersome witnesses

In the eyes of the occupier who is naively described

The becoming features, the receding brow

These reputed warriors of the most valiant

I could be the father of my assailants

On the edge between the city and the fields

Human nature is betrayed by its inclinations

Ethnic War Turned Lobby War

For remote countries that suffer from claustrophobia

Promise of liberation, disguises conquest

From the left lung of the planet

XXX (*6)

Lucubrations of a straight soldier in his rangers

Can we really change morals?

Whether it's in those countries where the customary court

The game remains the same, only the customs officers change

There are villagers in the corridors of the savannah

With only coolers and jerrycans as luggage

They wander to the next tarp village

Neutral ground that NGOs are fighting for

It is addressed to whom the grateful nation

To those who return or to those who return?

Who lists these walking cities

UN reports and damning evidence

Governor Gets Genocide Dead Voted

And blame us for selling empty coffins

The last riot here was when the town hall

Promised each widow a kilo of rice

For my father they gave me a photo inset

Instead of the family name, that of the battalion

XXX

XXX

South shore of Lake Tanganyika

Naive reproduction of Guernica

The flames spread their monochrome cloud

Edged weapons as the only precious metal

In this landscape devastated by the passage of madness

Spectacle of desolation, witness to the violence of the elements

That propels the debris of life it demolishes

For miles around

beyond comprehension

Polar night in a secure area

Tracking in IDP camps

Here, no stranger to incriminate

It's a miniature drama between Bantus and Pygmies

With the same anonymous cries

Crematory sun, the same expiatory victims

Mouth parted, face dazed

The common trait of emaciated bodies

Rage disrupts speech

She reduced it to shapeless screams and patched up sounds

Devastation blocks the mind

It monopolizes the body, it gangrene life

Body unresponsive, all untied

My bones are like they came out of frozen

Asphyxiated in my breath hold

I'm imbued with the myth of Orpheus

The one next door stutters and I belch

I drum with my fist, the dust electrocutes me

Our soliloquies form a deafening polyphony

Vein, double pain, that black hole got you

Fallen out of time, I search in vain, nails bleeding

Digging the earth, looking for a piece of flesh

XXX from this makeshift grave

Regenerate you among the sweet potatoes

Bush tubers

From a piece of land burned by logic

Almost mystical belief that nothing opposes

Is this the end of everything or the start of something else

We will get there after how many days of junk

Tanganyika, any shore

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